Barbie, lolitas japonaises, influenceuses en robes vaporeuses… La tendance “doll core” s’infiltre partout. Un vent de féminité assumée qui souffle sur les podiums comme sur les réseaux. Au menu ? Dentelles, nœuds roses et regards ingénus. On en pense quoi ?

Entre empowerment et retour en arrière

D’un côté, le “doll core” s’inscrit dans un mouvement de réhabilitation du féminin dans toute sa splendeur. On embrasse le rose et la douceur, non plus comme des carcans sexistes, mais comme des choix assumés. Comme si la mode nous soufflait : “On peut être féministe et aimer les froufrous, merci bien !” L’icône de ce revival ? Margot Robbie dans Barbie, qui a prouvé que la féminité exacerbée pouvait être un acte de résistance. Mais la championnes incontestable du « doll-core » est sans doute Sabrina Carpenter. Avec son style directement inspiré du vieil Hollywood, elle joue la pin-up assumée, entre artifice et nostalgie.

Mais peut-on vraiment parler de réappropriation ? Le “doll core” ne renforce-t-il pas, au contraire, une vision archaïque de la femme ? Silhouettes fragiles, expressivité enfantine, obsession de la perfection… À l’ère du body positivism et du “hot mess feminism”, cette esthétique semble renvoyer tout droit à un idéal féminin poli et inoffensif. Une façon insidieuse de remettre la femme à sa place, toute pomponnée, dans un univers régi par le regard masculin ?

 

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Une tendance symptomatique d’une époque paradoxale

En réalité, le “doll core” dit beaucoup plus sur notre époque qu’il n’y paraît. Il s’inscrit dans un mouvement plus large de nostalgie et d’évasion, où l’on cherche à recréer des univers réconfortants face à l’anxiété du monde contemporain. Dans ce sens, cette esthétique rejoint le “coquette core”, la vague “ballet core” et toutes ces tendances qui transforment la féminité en safe place.

Dollcore est aussi une émanation d’un mouvement plus large, le “girlcore”, qui englobe des tendances comme le “cottagecore” ou le “coquettecore”. Après la déferlante Barbiecore en 2023, c’est une nouvelle manière de performer la féminité. Mais là où Barbie proposait une critique des standards imposés aux femmes, le “doll core” ne remet rien en question : il fige la femme en objet, expressionless et passive. Sur TikTok, le hashtag #RulesofDollcore cumule déjà plus de 29 millions de publications, prouvant l’ampleur du phénomène.

 

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Plus inquiétant encore, le “doll core” ne s’arrête pas à la mode et au maquillage. Il s’accompagne de techniques de retouche photo qui accentuent l’effet poupée, et même d’une pratique plus extrême appelée “dolling”, qui implique le port de masques en résine inspirés des ball-jointed dolls. Dans un contexte où les droits reproductifs et les identités de genre sont sous pression, cette fixation sur une féminité angélique, soumise et artificielle peut apparaître comme un reflet des régressions sociétales en cours.

Faut-il pour autant y voir une menace pour le féminisme ? Pas forcément. Le “doll core” peut être un terrain d’expression où les femmes jouent avec les codes, en revendiquant leur droit à une esthétique sucrée sans être infantilisées. Un féminisme qui n’a plus peur du rose, mais qui garde un œil critique sur les injonctions sous-jacentes. Entre l’hyperconsommation qu’impliquent ces tendances successives et l’idéal figé qu’elles véhiculent, la question qui demeure finalement est : les femmes auront-elles un jour le droit de souffler ?

 

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